Mon lien avec le sujet

11/11/2021

 Tout part d'une réflexion personnelle sur le sens du social.

Cette réflexion me vient de mon expérience professionnelle et personnelle : mon vécu de travailleur social. La question du sens m'a été posée par mon burn out vécu en 2005. Cela provient de mes motivations profondes pour travailler dans le social, notion de vocation, d'alignement avec ses valeurs, de trouver un emploi qui a du sens. Cela s'est construit dans le temps, avec des bilans de compétences, des formations, des injonctions à travailler. Malgré tout ce sens, choc du travail (difficulté à travailler à temps complet : très dur). La question était le sens de la vie (de ma vie, ce que je veux générer) et le sens du travail (quel sens je veux donner à cette injonction sociale). Le sens du travail m'a interrogé : le travail est pour moi une souffrance en soi, d'un point de vue psychologique et énergétique. D'où la question du sens. Peut on parler d'une déception du sens, le sens ne m'a permis de transcender ces déterminismes énergétiques et psychologiques ? Le travail social est un travail très dur, confrontant psychologiquement, émotionnellement, énergétiquement. Insupportable pour moi. C'est un travail impossible mais c'est le seul que je peux faire car c'est le seul qui a du sens pour moi. Il y a la détermination sociale française (enfermement dans un métier) et la détermination du secteur social également (enfermement dans les diplômes et l'expérience).

Il y a donc ce vécu personnel et professionnel de burn out qui m'a amené à me poser la question du sens du travail et du travail social.

Ce vécu m'a amené à chercher ma place : DEIS, ingénierie sociale. Projet : devenir coordinateur, chargé de mission. Or le social ne se développe pas, il reste sur ses positions : pas de développement de nouvelles missions. Confrontation au chômage, retour au travail social de terrain qui m'est insupportable. Puis je deviens formateur de travailleur sociaux indépendant via coopaname. 3 missions : EFTS (ETSUP), missions en intra (animation de groupe et méthodologie de projet), appel d'offre cadre décrochage scolaire puis handicap en milieu scolaire. Choix de monter mon propre organisme de formation axé sur le sens. 2 ans de travail.

Pourquoi ce choix de la thématique du sens :

1) Rencontres qui m'ont marquées en tant que formé ingénieur social et master 2

2) Rencontres en tant que formateur : déclic

3) Rencontre de syndicats (Avenirs Educ)

4) Réflexion personnelle sur le sens, sens de la vie, sens du travail.

5) Rencontre de Mon job de sens (enquête)

6) Réflexion sur le contexte politique néolibéralisme contre national populisme, crise de la sociale démocratie politiquement

7) Réflexion sur l'économique et le social, réflexion personnelle qui me suit tout au long de mon parcours. Le sens du social interroge le lien entre l'économique et le social

8) Rencontre de Jean Luc Bernaud et ses réflexions sur le sens du travail et le sens de la vie.

Mon message en tant que entrepreneur de sens compétences : il y a une problématique autour du sens dans le travail social. Optique : apporter des réponses.

7 étapes : 1) Sens et développement personnel

a) Se ressourcer par le sens

b) Travailler sur soi : construire son unité intérieure

2) Sens et projet

a) Construire un projet qui a du sens

b) Donner du sens à son projet

3) Retrouver le sens du social

Praxis de la Réponse Sociétale

4) Management par le sens

Management bienveillant : Management par le sens

Dépasser les normes budgétaires et bancaires

Il y a cette richesse de mon parcours personnel, de mes réflexions personnelles et il y a cette intuition, cette hypothèse de l'importance du sujet : ma recherche a pour but de confronter mes hypothèses au réel. Méthode de la clinique est bonne car elle ouvre au maximum sans confronter aux hypothèses, sans s'enfermer dans ses hypothèses.

La raison de ce travail sur le sens est personnelle et scientifique, c'est le chemin que je prends, j'ai quelque chose à débrouiller, à construire avec ça. Est ce une bonne hypothèse pour construire mon ambition, ce que je veux construire ? Je le crois, j'ai quelque chose à découvrir qui fait les lien entre mon ambition et la thématique du sens. C'est une thématique qui n'est pas extérieure à moi en tant que sujet que je souhaite extérioriser pour la scientifiser.

J'ai un travail sur moi à réaliser : débrouiller mes propres contenus et j'ai un travail de scientifisation à réaliser. 

I° LE CONTEXTE DU MEMOIRE :

Le projet de Master 2 s'inscrit dans le cadre de mon projet professionnel. Nous présenterons dans un premier temps mon parcours puis dans un second temps mon projet :

A° MON PARCOURS PROFESSIONNEL :

J'ai souhaité réaliser un Baccalauréat B « sciences économiques et sociales » qui m'a permis d'acquérir une certaine culture générale en matière économique puisque je me passionnais pour les questions politiques et sociétales. Afin de continuer sur cette lancée de culture générale en sciences humaines, j'ai souhaité m'orienter sur des études d'histoires avec pour projet professionnel plus ou moins conscient et formalisé d'être enseignant. Malgré mon intérêt pour de nombreux sujets historiques, je m'ennuyais car je ne voyais pas de sens à des études qui ne débouchaient pas sur un métier concret et je ne voyais pas en quoi l'histoire pouvait apporter des réponses concrètes aux problématiques sociétales qui m'interressaient. Après la licence, je décidais donc d'avancer professionnellement en m'investissant comme objecteur de conscience au sein du Réseau pour une Economie Alternative et Solidaire (REAS) qui me semblait pouvoir apporter des solutions pour la société sous une forme politique. Lors du premier congrès de ce mouvement, j'ai eu l'opportunité de réflechir à la question de l'articulation de l'économique et du social, sujet qui ne me quittera plus, et de découvrir les métiers de l'intervention sociale du point de vue d'un projet de développement durable. Une fois libéré de mes obligations militaires, j'ai dû trouver des emplois alimentaires et je me suis spécialisé dans le marketing téléphonique auprès d'une société de téléphonie qui préparait à la transition numérique. Mais la question du sens me taraudait car je trouvais ce job sans sens et je m'investissait donc dans un bilan de compétences pour trouver une solution professionnelle à long terme. Le résultat du bilan fut sans appel : j'étais fait pour le social. Je décidais donc de m'investir dans une action de bénévolat au sein de la Péniche des Restaurants du Coeur. Simple bénévole, je suis devenu responsable adjoint d'équipe puis me suit investit auprès de l'assistante sociale afin de découvrir son métier. Elle travaillait sur un projet de réseau de travailleurs sociaux pour créer des synergies et des partenriats, ce qui m'a permis de rencontrer de nombreux professionnels du secteur. Ma motivation se confirmait et je décidais de franchir le pas et de me former. Je cherchais une formation d'éducateur spécialisé ou d'assitant de service social mais les conditions économiques n'étaient pas remplies pour financer les 3 années de formation, aussi ai je décidé de passer le diplôme d'animateur DEFA qui se préparait en une année seulement de cours qui était complétée par deux années de formation dans le cadre d'un emploi. Cette formation au sein de l'Ecole Normale Sociale m'a permis d'acquérir une première expérience au sein d'un Centre social et culturel dans lequel j'ai animé une Permanence Solidarité Chômage. Ouvert sur la problématique de l'insertion professionnelle, j'étais embauché dans mon premier poste en CDD comme conseiller en insertion professionnelles pour animer des mesures en groupe pour l'ANPE. J'y découvrais notamment la mesure ASI (appui social individualisé) qui sera le fil directeur de ma première partie de carrière : il s'agissait d'un accompagnement social global en vue de résoudre en amont les problématiques qui empêchent l'insertion professionnelle. Embauché au sein d'un foyer d'urgence sur la problématique de l'hébergement de personnes sans domicile fixe, j'ai pu approfondir cet accompagnement global, notamment autour de la question de l'accès aux droits. Mais ne pouvant pas développer de projets collectifs nécessaires pour terminer mon DEFA , je quittais à regret ce poste d'éducateur pour devenir conseiller social au sein d'une Association Intermédiaire, structure de l'insertion par l'économique qui me permettait de continuer ma réflexion sur le lien entre l'économique et le social. J'ai pu y développer un projet collectif de réseau de demandeurs d'emploi autour d'un journal participatif et j'ai eu une première expérience de la formation professionnelle à travers le montage d'une formation SIFE de femme de ménage en alphabétisation. J'ai quitté ce poste car j'ai eu la chance d'avoir un héritage et je me suis offert une année sabatique pendant laquelle j'ai pu faire le tour du monde.

De retour en France, je trouvais un poste de travailleur social au sein de l'Arche d'avenir de l'association des œuvres de la Mie de Pain, Espace Solidarité Insertion c'est à dire accueil de jour accueillant plus de 400 personnes sans domicile fixe par jour. J'ai pu y développer un Espace Emploi qui sera labelisé par la FNARS et qui me permetra de monter des animations collectives autour de la problématique de l'emploi et de l'hébergement.

Au bout de 3 ans, j'ai souhaité évoluer vers le métier de coordinateur social en passant le Diplôme d'État d'Ingénierie Sociale (DEIS) car je m'ennuyais intellectuellement. J'ai pu passer cette formation au sein de l'ETSUP en partenariat avec un Master 2 en sciences de l'éducation à l'université de Nanterre. Mon mémoire a porté sur l'accompagnement social autour du microcrédit , ce qui m'a permis d'approfondir ma réflexion sur le lien entre l'économique et le social. Fraichement diplômé, j'ai trouvé un poste de coordinateur adjoint administratif en CDD au sein de la MLDS du 94 pour m'occuper de jeunes décrocheurs scolaires de l'éducation nationale. C'est à partir de cette expérience que j'ai décidé de me lancer comme formateur de travailleurs sociaux en passant par la coopérative d'activité Coopaname. Le statut d'indépendant salarié me semblait idéal : j'ai développé une activité de formateur indépendant au sein de structures sociales (en intra) autour de la question de la méthodologie de projet et de l'animation de groupe avec quelques missions au sein de l'ETSUP sur la thématique de l'Economie Sociale et Solidaire et du micro crédit. Puis j'ai répondu à un appel d'offre de OPCALIA pour des formations sur la thématique du décrochage scolaire et de l'accompagnement du handicap en milieu scolaire. Pendant deux ans, j'ai ainsi formé des Auxiliaires de Vie Scolaire pour leur entrée en poste. Afin de compléter cette activité qui était très précaire, j'ai accepté un poste d'agent d'accueil social en CDD au sein d'un CHRS. Sorti avec des droits aux ASSEDICS pendant deux ans, je décidais de monter mon propre Organisme de Formation afin de sortir de la précarité et de devenir créateur d'entreprise. Pendant 2 ans, de 2019 à 2021, j'ai donc créé une entreprise de statut SASU pour développer une activité de formation continue des travailleurs sociaux. Ma stratégie a été de développer des formations en inter sur la base d'un catalogue de 7 formations dont l'axe thématique transversal est la question du sens du travail social (le nom de l'Organisme de Formation est « Sens Compétences »). Cette thématique m'est apparue suite à une démarche de reprise d'étude en vue d'une thèse qui m'avait conduit à m'inscrire en Master 2 à l'université Paris 8 Saint Denis1. Aujourd'hui encore, je développe cette activité grâce à l'appui d'une dizaine de formateurs indépendants qui interviennent sur mes 7 formations qui forment un cycle complet d'«entrepreneur social». Cette activité atteind tout juste son seuil de rentabilité et j'ai donc été contraint de reprendre un emploi de travailleur social à temps partiel pour avoir des revenus réguliers.

B) MON PROJET AUJOURD'HUI :

Je commence ainsi le 01/06/2021 un poste d'assitant de service social au sein d'un foyer d'hébergement et d'un foyer de vie pour adultes handicapés mentaux. Ce public, qui est nouveau pour moi, m'offre une ouverture professionnelle importante tout en me permettant de transférer mes compétences et de revenir au source du travail social dans le cadre de mon activité de formateur au sein de mon Organisme de Formation.

En parralèle de cet emploi à temps partiel, mon but est de développer mon projet de création de ma propre activité. Cependant, du fait des contraintes économiques, le projet ne va pas pouvoir continuer sous la même forme et des changements importants sont à envisager pour la suite. D'abord, je me rend compte que mon catalogue de 7 formations est trop lourd à porter d'un point de vue commercial (usine à gaz) et je souhaite proposer désormais une formation unique de longue durée (le cycle d'entrepreneur social dans sa globalité) sous la forme d'une masterclass qui se déroulera essentiellement en ligne et non plus en présentiel. Ceci implique de refonder l'ensemble de mon modèle économique, ce qui prendra du temps. Notamment, je me rend compte que le statut d'entreprise choisi (SASU) me coûte trop cher en terme de frais de comptabilité, aussi je souhaite mettre en sommeil ma société et développer mon projet sous forme associative (association loi 1901 qui est déjà créée). Ce changement de statut ouvre d'autres possibilités en terme de développement d'activité qui me permettent de mettre en œuvre mes compétences de coordinateur acquises par mes formations DEFA et DEIS. Aussi le projet n'est il plus un projet d'Organisme de Formation à proprement parlé mais un projet de création d'une association dont la vocation est d'abord citoyenne mais qui développe une activité de formation importante parmi d'autres activités.

Le coeur de l'activité de l'association « Vers le Grand Partage Planétaire » est en effet son intention de développer un Réseau d'Economie Solidaire pour créer des synergies entre entrepreneurs sociaux pour des convergences de fins et des mutualisations de moyens. Dans cette perspective, la formation n'est plus la finalité mais un moyen pour développer une méthodologie commune au Réseau. La formation est un objectif important pour le réseau mais il ne s'agit plus de créer un Organisme de Formation pur et dur devant rentrer dans les critères de qualité de la norme « qualiopi ». Le projet, libéré de sa contrainte économique puisque j'assure ma situation vitale à travers un emploi à temps partiel parrallèle, prend donc une toute autre dimension qui rejoint mon intérêt premier pour une reflexion sur le lien entre l'économique et le social et qui interroge le sens même du social.

C'est pourquoi je souhaite aujourd'hui nourrir mon projet d'un travail de thèse. Le Master 2 que j'envisage en est l'étape première, le mémoire en étant le premier pas pour poser le cadre théorique de ma recherche. Le but de ce mémoire est de théoriser la problématique du sens du travail social tel qu'elle se pose pour les acteurs de terrain afin de préparer et de poser les fondations d'une thèse dont le but sera de théoriser une Praxis de la Réponse Sociétale® qui permet de résoudre la problématique posée en Master 2. L'objectif est donc de poser une problématique sur la base d'une analyse des discours des acteurs de terrain à propos du sens de leur métier, fonction et pratiques professionnelles.

II° ORIGINES DU QUESTIONNEMENT :

La première question à se poser pour un tel travail est sans doute la question du pourquoi : pourquoi prendre « le sens du social » comme thématique de mémoire. En d'autres terme, d'où vient cette idée ? Qu'est ce qui m'a amené à l'intuition puis à formuler l'hypothèse qu'il y a là un objet de recherche important, un vrai sujet qui peut mener jusqu'à l'élaboration d'une thèse ? Le sujet du « sens du social » n'intervient pas au hasard. J'ai un lien tout particulier avec lui. Il s'agit de mettre en évidence ce lien en relation avec mon expérience professionnelle et mes rencontres, mon vécu professionnel. Il s'agit donc de revenir au pourquoi, à la source de ce sujet, au sens qu'il a pour moi.

Pour répondre à ces questions, nous réflechirons dans un premier temps aux spécificités de mon parcours comme facteur explicatif puis je retracerai le fil des rencontres qui m'ont amené à un déclic sur le sujet.

A° UN SUJET LIE A MA POSTURE PROFESSIONNELLE PARTICULIERE :

Avec le recul, je pense que le sujet du « sens du travail social » est suggérée par ma double formation d'origine : celle d'un animateur social (DEFA) qui en est venu à l'ingénierie sociale (DEIS). Ce cheminement particulier donne en effet un regard très particulier sur l'objet « travail social » et amène naturellement à une reflexion sur son sens.

Commençons par regarder en face ce qu'est un « animateur social » DEFA. La première chose à observer, c'est que de réforme des diplômes en réforme des diplômes, le DEFA n'existe plus car il était trop complexe à obtenir. Mais le terme « animateur social » est aujourd'hui reconnu officiellement comme une spécialisation du DEJEPS qui n'est pas un diplôme reconnu par le ministère des affaires sociales mais par la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports et de la Cohésion Sociale (DRJSC). Résultat : le DEFA est le grand oublié du travail social : le terme animateur est rarement cité et n'appartient même pas au registre des 14 diplômes du travail social2. Il est heureusement encore reconnu par les acteurs de terrain, notamment les convention collectives 51 et 66 mais il n'est plus répertorié officiellement comme un diplôme du travail social proprement dit du fait de la séparation du ministère des affaires sociales et de la direction de l'animation socio-culturelle. Cette position entre deux (je pratique le travail social mais avec une formation dans l'animation socio-culturelle) a de fortes influences sur mon identité professionnelle : étant marginalisé professionnellement, je ne peux me reconnaître dans une identité de métier comme peuvent le faire les assitants de service sociaux et les éducateurs spécialisés par exemple. L'identité « animateur social » n'existe pas : nous ne sommes pas suffisemment nombreux à travailler dans le social pour faire bloc et faire profession. La conséquence est énorme : pour m'identifier professionnellement, je suis amené à utiliser le terme de « travailleur social », mot valise qui n'a pas vraiment de fondations en terme d'identité professionnelle puisqu'il englobe aussi bien les enseignants, que les infirmières et les assistants sociaux. Dans mon esprit, je suis donc un « travailleur social », identité que peu comprennent et qui a la particularité d'être floue. C'est pourtant mon identité : je me sens « travailleur social », praticien d'un travail social générique qui me met dans une posture particulière. L'animation socio-culturelle qui est ma formation de base apporte en effet un regard particulier sur la pratique du travail social. Le travail social se réfère à la notion d'aide, de relation d'accompagnement (de com panis, partager le pain) vis à vis de publics en difficultés qu'il s'agit de mener vers une autonomisation tandis que l'animation socio culturelle se réfère à des techniques d'animations (méthodologie de l'animation de groupe et méthodologie de projet) vis à vis de publics déjà autonomes qu'il s'agit de fédérer dans une optique de vivre ensemble. Les finalités ne sont pas les mêmes et le type de relation n'est pas le même : d'un côté une relation éducative qui suppose qu'il y a un éduqué et un éducateur et de l'autre une relation à égalité dans laquelle l'animateur est juste un catalyseur pour l'emergence d'un collectif. Etre « animateur social » est donc une forme d'oxymore qui génère un décalage dans la perception du travail qui est à réaliser. Quel est le sens du travail à réaliser qui se dit « travail social » ? Est ce un objectif éducatif ou est ce un objectif d'animation ? Est ce un objectif d'insertion ou est ce un objectif de transformation collective ? Vers quoi s'agit il d'inserer pour créer quel type de collectif à visée éducative ? Quelle est la finalité : l'autonomisation ou la fusion dans un collectif porteur ? Evidemment, il ne s'agit pas ici d'opposer les choses mais de mettre en lumière que la question du sens se pose comme une évidence du fait de ce décalage entre deux conceptions du « travail social ».

Ma formation d'ingénieur social allait encore accentuer ce problème d'identité et de perception de ce qu'est le travail social et sa finalité. Pour résumer et définir en quelques mots ce qu'est l'ingénierie sociale, j'ai l'habitude de dire qu'il s'agit de « la fonction recherche & développement du travail social ». L'ingénierie sociale, c'est les outils de la recherche et les moyens du développement au service du travail social. La posture qui est construite tout au long de la formation est celle du praticien chercheur. C'est une posture de cadre qui s'inscrit dans le cadre d'une reflexion intellectuelle qui fait de nous un expert, l'expertise faisant notre légitimité pour intervenir dans le champ social. Il s'agit là d'une posture très différente du cadre traditionnel qui s'inscrit dans une posture de management voir d'autorité au service d'une efficacité et d'une efficience dans l'action. L'ingénieur social s'interresse au sens des actions, le directeur à la politique globale et le chef de service à la mise en œuvre concrète sur le terrain. L'ingénieur social s'interresse au pourquoi de l'action sociale, en amont du comment, à travers les outils de l'analyse diagnostic, de la prospective et du développement de projet. L'ingénieur social intervient également en aval de l'action, au moment de l'évaluation du projet réel réaliser pour apporter des ajustements et des corrections au processus. On voit donc que la question du sens est propre à l'ingénierie sociale qui vise à fonder les pratiques du travail social au regard du sens qu'elles ont d'un point de vue sociétal.

B° POURQUOI LE SUJET DU SENS DU SOCIAL ?

Or c'est justement cette dimension du sens qui est absente dans les politiques sociales ces dernières années. Les réformes mise en œuvre, d'inspirations néo libérale, vise à une efficacité accrue de l'action dans une optique de contrôle en lien avec des enjeux de pérénisation ou non des financements. Il s'agit donc de réformes qui visent une conformité avec les normes budgétaires et bancaires de la doxa libérale. Cette logique vise à faire des économies et revient concrètement à réduire les moyens d'actions des acteurs sociaux qui sont mis sous pression sous les coups de butoire d'une déconnexion entre les moyens et la fin. Pour dire les choses autrement, l'ingénierie sociale vise le développement du travail social afin de répondre aux besoins des publics et la logique budgétaire et bancaire vise simplement à gérer l'existant pour une meilleure « rationnalité » des moyens attribués.

Dans le moment historique de crises que nous traversons, nous sommes face à un paradoxe : les besoins en terme sociaux s'accroissent et se transforment mais le travail social n'est pas dans une logique de développement pour faire face aux nouveaux besoins, le travail social est dans une posture de défense de ses positions acquises, de justification des dépenses réalisées dans une logique où la dépense sociale est vue comme une charge et non comme un investissement.

Dès lors, les travailleurs sociaux se trouvent dans une situation qui est source de souffrances psycho sociales. La réduction des moyens ou leur sanctification face à l'ampleur de l'urgence sociale qui s'accroit donne un sentiment d'impuissance et dégrade les conditions de travail. Les postes deviennent à la fois routiniers et stressants: routiniers car ils évoluent peu et stressant du fait d'un manque de moyens. Heureusement, le marché du travail des acteurs sociaux diplômés reste ouvert et le travailleur social peut changer de poste à sa guise car en réalité il trouvera toujours du travail. La fuite de postes en postes reste la seule option pour supporter la charge de travail. Les conséquences sont extrêmement violentes aussi bien pour les publics accueillis que pour les institutions : turn over, équipes fragiles, burn out, arrêt maladie ... Et surtout perte de sens du travail du fait d'une « dissonnance cognitive »3 entre les attentes (l'idéal, l'identité, les représentations de ce qu'est un travail bien fait ) et la réalité.

C'est à cette souffrance que j'ai été confronté en tant que formateur de la formation continue des acteurs sociaux. Intervenant sur la question de la méthodologie de l'animation de groupe et la méthodologie de projet en intra dans les structures sociales, mon objectif était d'impulser une dynamique positive pour montrer l'intérêt des animations collectives d'un point de vue éducatif. Or chaque fois qu'il s'agissait de passer à l'action, j'étais confronté à des discours sur la perte de sens du travail social, le manque de reconnaissance et la colère face aux politiques publiques menées. Le discours était à peu près le suivant : « A quoi bon puisque nous manquons de moyens et puisque le sens du social a été perdu ». J'ai été confronté à ce type de discours à de nombreuses reprises dans différents groupes de formation et c'est cela qui m'a mis la puce à l'oreille et a déclenché un déclic autour de la question du sens. Il m'a semblé en effet qu'il y avait là un sujet important, peu traité et fondamental pour les acteurs sociaux, peu pris en compte par les hierarchies dans la formation professionnelle. Si bien que je pense pouvoir en faire le sujet d'une thèse et que j'ai repris des études de Master 2 de sciences de l'éducation pour poser une approche clinique sur la problématique du sens pour les acteurs sociaux.

C° LES RENCONTRES QUI M'ONT AMENEES A CETTE MATURATION :

Il s'agit ici de donner quelques exemples concrets de situations de professionnels s'interrogeant sur le sens de leur action et de leur pratiques. Deux exemples me viennent de ma promotion liée à ma formation d'ingénierie sociale et une troisième de mes rencontres lors de mes animations de formations continue.

La première est Marie M, assistante sociale au sein de la CPAM. Elle s'est formée au sein de l'école de la CRAMIF et devait trois années de salariat à l'institution en tant qu'assitante sociale. Or il se trouve qu'elle a vécu un fort sentiment de dissonnance cognitive entre ce qu'elle a appris à l'école et ce qu'on lui demandait de faire sur le terrain du travail. D'un côté, il s'agissait d'approfondir les problématiques sociales et de faire de la qualité ; de l'autre, l'objectif était de réduire le nombre d'entretiens pour ne pas faire émerger les problématiques sociales. Surtout, au-delà du nombre, c'est surtout la structure des entretiens qui lui posait question : un quard d'heure maximum par personne, pas de suivi mais juste des réponses à des questions ponctuelles, informatisation de procédures de contrôles et d'évaluations extrêmements lourdes qui empêchent le travail relationnel de se réaliser. Face à cela, Marie M. tentait en vain de comprendre le sens de son travail. Pour son mémoire de DEIS, elle interroge la notion d'évaluation qui lui semble provenir d'une culture qui lui est étrangère, celui du monde marchand. Elle se demande comment évaluer la relation éducative et constate que les travailleurs sociaux ne savent pas parler de leur travail dans une optique de rationalisation des tâches et de démonstration de leur efficience et efficacité. Elle constate que l'évaluation est devenue « une nécessité impossible » pour le professionnel. Son mémoire sera édité par l'Harmattan : de nombreuses réflexions sur les conséquences de la rationalité instrumentale dans le travail social du point de vue de la qualité du travail rendu au public et du point de vue du vécu des professionnels. Elle n'utilise pas le terme de perte de sens et ne se positionne pas comme en souffrance dans son travail mais ses témoignages sont acerbes et dénoncent la manière dont les travailleurs sociaux sont traités et instrumentalisés dans leurs pratiques quotidiennes selon des normes budgétaires et organisationnelles qui leur sont étrangères.

La seconde est Emmanuelle R ; assistante sociale au sein de la MSA. Elle observait que son travail évoluait vers une marchandisation de l'offre d'accompagnement social au sein de sa structure et elle se trouvait en porte à faux vis à vis de ces nouvelles pratiques. Assistante sociale à la MSA de l'Yonne, elle travaille en milieu rural auprès d'agriculteurs en difficultés. Elle constate une lente marchandisation des services qu'elle propose : on passe du gratuit au payant et d'une logique de service public à une logique de clientèle. Elle s'interroge sur les réactions des travailleurs sociaux face à ces phénomènes et elle en fera son sujet de mémoire en ingénierie sociale. Elle ne parle pas de perte de sens et ne se positionne pas comme étant en souffrance mais plutôt comme une militante (écolo) qui tente de résister à la lente dérive des services dont elle fait partie.

Le troisième professionnel a été rencontré lors d'une formation que j'animais en intra au sein de l'association « Menages Services » sur la méthodologie de projet collectif. Tandis que je tente de faire travailler chacun sur un exemple de projet sur lequel qu'il aimerai travailler, M interrompe le cours de la formation en tenant le discours suivant :

- 1 Mr n'a pas choisi de faire la formation, ce sont les cadres qui lui ont imposé la démarche : Mr ne veut pas réaliser de projet en interne de la structure car il a l'intention de la quitter.

- 2 Le problème ne se situe pas selon Mr dans la création de projets nouveaux mais dans le fait que le travail social perd tout son sens à cause des politiques menées dans les structures par les cadres. Ce sont des cadres gestionnaires qui appliquent les schémas de l'entreprise au niveau du management, ce qui a des résultats catastrophiques pour la motivation des personnels : ceux ci ne se reconnaissent pas dans leurs critères d'évaluation. Le décalage culturel entre les cadres et les travailleurs sociaux est trop important pour que la collaboration se passe bien, d'où l'émergence de conflits importants qui sapent l'ambiance de travail et la confiance réciproque. Dans un tel contexte de dysfonctionnements institutionnels, il est pratiquement impossible de travailler.

- 3 l'après midi sera consacrée à des échanges informels avec l'ensemble du groupe sur le vécu des travailleurs sociaux de la structure : sentiment d'une incompréhension de ce qu'est le travail social par la direction, par les pouvoirs publics, révolte contre les réformes prévues de la formation qui instrumentalise le TS et le voit uniquement d'un point de vue des actes extérieurs sans se focaliser sur le coeur du métier qu'est la relation éducative et le vécu subjectif, sentiment de perte de sens du travail et envie de quitter la structure. Cette expérience m'a marquée en tant que formateur et elle est sans doute à l'origine de ma réflexion actuelle et de ma question de départ : comment canaliser ce vécu négatif en lien avec la perte de sens et permettre aux travailleurs sociaux de rebondir sur un sens plus positif à leur action ?

Au delà de cette expérience particulièrement marquante, mes fonctions de formateur de travailleur sociaux m'ont amené à former des Auxiliaire de Vie Scolaire pour le compte d'un OPCO , OPCALIA. La rencontre avec les AVS/AESH a été marquante. Pendant la formation, elles se plaignent à juste titre de leurs conditions de recrutement en CUI CAE, de leur précarité et de l'absence de formation : elles sont jetées sur le terrain du handicap sans formation autre que leurs qualités personnelles (mères de famille, etc.). La conversation tourne pratiquement autour de ces conditions de travail pendant toute l'après midi. Elles sont révoltées et expriment leur besoin de se structurer en syndicats. Elles s'interrogent sur le sens de leur travail au regard de la loi de 2005 que je leur expose. Elles s'interrogent sur des cas particuliers auxquels elles en parviennent pas à répondre. Elles demandent des solutions pratico pratiques que nous ne voulons pas leur apporter sous forme de solutions toutes prêtes. Nous leur exposons le sens de leur travail pour qu'elles en comprennent les enjeux au-delà des anecdotes et des cas pratiques. Elles sont contentes de la formation (très bon public). Elles sont mécontentes de la façon dont les institutions les traitent du fait de leur travail précaire et très mal payé. L'exemple italien les fait réagir car elles se rendent compte qu'il s'agit d'un véritable métier reconnu dans ce pays. Nous leur exposons les projets du gouvernement pour la formation des AESH ; elles répondent qu'elles ne peuvent pas attendre, que c'est urgent. Le métier d'aesh est un métier en souffrance car pas structuré. C'est un métier qui a du sens mais qui n'est pas reconnu.

Enfin, j'ai été amené à accompagner à titre individuel des Accompagnants Educatif et Sociaux (AES) dans le cadre de leur diplôme. Prenons l'exemple de Mme B , une dame qui passe le diplôme d'AES dans le cadre de sa formation. Elle trouvera du travail très facilement mais du travail très mal payé : elle ne peut accéder à un logement si ce n'est social. Son travail a du sens pour les personnes âgées et les personnes handicapées mais elle est très mal payée. Les boulots qui ont du sens sont très mal payés. Ils mériteraient d'être valorisés par le fait même qu'ils ont du sens. Tous les métiers nouveaux autour du handicap ou de la vieillesse (à domicile ou en epad) sont très mal payés et se réalisent dans le cadre de conditions de travail très difficiles. On pourrait presque parler d'un travail social à deux vitesses : les diplômés et les sous diplômés qui s'occupent des tâches les plus ingrates dans des conditions de travail de plus en plus précaires de ces nouveaux professionnels de l'action sociale qui agissent dans un secteur totalement marchandisé et libéralisé (travail avec les personnes agées et handicapées).

III° PERSPECTIVES DE DEVELOPPEMENT DU QUESTIONNEMENT :

Ces différentes rencontres m'ont amenés à l'intuition que la question du sens est une problématique importante et majeure pour le quotidien des travailleurs sociaux dans le contexte actuel. D'une simple intuition, j'ai muri ce questionnement en véritable hypothèse de travail sur la base de rencontres avec des acteurs sociaux et sur la base de lectures qui m'ont permis de théoriser cette problématique.

A° MES RENCONTRES D'APPROFONDISSEMENT DE LA PROBLEMATIQUE :

1) Les rencontres au sein du syndicat Avenirs EDUC :

Pendant les échanges, les travailleurs sociaux m'ont parlé du syndicat AVENIREDUC : je me suis renseigné et je suis allé les rencontrer en 2016. Les travailleurs sociaux de ce syndicat sont au taquet contre les projets de réforme du gouvernement Hollande de réingénierie des formations des travailleurs sociaux. Il y a eu des démarches entreprises par le gouvernement pour « valoriser » les travailleurs sociaux avec des Etats Généraux du travail social qui visent à le « refonder ». Le tout semble provenir d'une bonne intention mais les TS de AvenirEduc ont le sentiment qu'on veut les déposséder de leur travail pour le tayloriser, le réduire à des tâches extérieures. Ils sont notamment contre le projet de socle commun entre tous les diplômes de niveau II et la logique qui prévaut à cette recomposition. En effet, ils ont peurs de perdre leur identité professionnelle propre à leur métier. Comme je suis plutôt favorable à cette partie de la réforme, nous échangeons et je comprends que ce qui les gênent c'est que la démarche provient d'en haut sans écouter les TS de terrain. Ils ont des propositions pour améliorer les choses en partant de leurs problématiques réelles qui est loin de ces problèmes de formation « socle commun ». Ils veulent des moyens concrets pour que leur mission ait du sens, c'est à dire pour pouvoir aider vraiment les gens. Au lieu de cela, on leur impose une austérité qu'ils ne comprennent pas compte tenu des sommes astronomiques qui ont été englouties pour sauver les banques pendant la crise des subprimes. Ils ont besoin d'être valorisé et avaient demandé à passer en niveau I et non en niveau II pour les nouveaux formés seulement. Ils ont le sentiment qu'on se moque d'eux. En réaction, ils vont organiser des Etats Généraux alternatifs du travail social pour faire émerger des propositions du terrain et proposer un plan au gouvernement pour réellement valoriser les TS. Un plan de 26 mesures est en cours de validation par le gouvernement mais c'est vrai que ce sont des mesures symboliques et ils ont l'impression qu'on se moque d'eux. Je découvre alors que leur manière de penser traduit un discours qu'ils ont peaufiné avec des chercheurs (Chauvière) et qu'ils ont traduit dans un opuscule qui se nomme « Tous debout pour nos métiers du travail social » dans la continuïté de l'appel des appels. Je suis subjugué par ce discours qui me semble-t'il traduit parfaitement ce que je ressens vis à vis du travail social.

Pour la petite histoire Macron fera passer les réformes telles quelles : elles seront mises en place dès la rentrée 2018 dans les écoles de travail social. Le nouveau gouvernement semble ne pas se préoccuper des TS et ceux ci semblent en être insatisfaits car ils n'ont pas confiance et ces réformes ne passeraient pas dans leur esprit. Je ne sais pas ce qu'ont donné les Etats Généraux alternatifs mais je pense qu'ils sont restés lettre morte dans le nouveau contexte politique. Cette rencontre avec ce syndicat m'a certainement marquée par rapport à mon sujet de mémoire

2° Rencontres de recherche

3 rencontres allaient me permettre de formaliser mon intuition en projet de recherche :a) Rencontre de Mr Geffard

En cherchant sur Internet, j'ai repéré l'Ecole Doctorale « Théorie et pratique du sens » de Paris 8. Ne sachant pas du tout comment m'inscrire en thèse directement et changeant totalement de sujet, j'envisageai de reprendre un Master qui me permettrait de suivre le processus que j'avais suivi à l'université de Nanterre (Master 1 revue de littérature, Master 2 recherche de terrain). Ce serait une manière de réaliser ma thèse en 5 ans en en posant les bases et en rencontrant un éventuel tuteur de thèse. Après avoir rencontré Mr Geffard qui me proposait de reprendre en Master 2, j'avais le sentiment d'avoir trouvé ma place.

b° Rencontre de Olivier Perrin de « mon job de sens » :

Partant de la question du sens et de mon projet de créer un Organisme de Formation nourri par une thèse, j'ai commencé à faire des recherches sur internet. Je me suis rendu compte qu'il existe de nombreux sites internet qui « vendent » la promesse de trouver un emploi qui a du sens. Ces sites sont liés à des structures qui promettent soit une démarche de bilan de compétences, soit une démarche militante en lien avec l'économie sociale et solidaire. Il existait donc déjà des structures qui étaient organisme de formation et qui étaient spécialisés sur la question du sens. Je décidai d'aller à leur rencontre. C'est ainsi que j'ai interviewé Laura, fondatrice de « mon job de sens », un Organisme qui vend des programmes de coaching axés sur le sens du travail pour trouver un emploi qui a du sens. Laura m'a fait rencontré un de ses coachs. Ayant travaillé au ministère de l'écologie, son approche est très militante : le sens c'est contribuer à la transition écologique et solidaire en trouvant un métier en rapport avec cette sensibilité politique. Nous en sommes venus à la conclusion que je ne devais pas créer un organisme de formation qui concurrencerait « mon job de sens » et que l'idée de créer un Organisme de Formation spécialisé dans le sens du social pouvait être une bonne idée complémentaire.

c° Rencontre de Mr Bernaud du CNAM INETOP :

C'est alors que j'ai croisé la route d'un enseignant chercheur qui travaille depuis plus de 10 ans sur la question du sens en général dans le cadre du CNAM dans un laboratoire spécialisé sur les questions de l'orientation professionnelle. Il a développé un veille sur le thème du sens et un corpus théorique (approche scientifique via la psychologie existentielle) et pratique. Ils ont mis en œuvre un programme d'accompagnement pour « développer le sens de la vie et le sens du travail » puis ont décliné ce programme en fonction des différents publics qui peuvent être concernés par la question du sens : les jeunes lors de leur orientation professionnelle, les demandeurs d'emploi en reconversion, les étudiants, les futurs retraités, ... J'avais donc trouvé mon corpus pour les contenus de mon Organisme de Formation.

Deux idées m'ont cependant frappées lors de notre entretien : Mr Bernaud et son équipe se portent en faux par rapport à l'idée qu'il existe des métiers porteurs de sens (sous entendus les autres métiers n'auraient pas de sens) et pensent qu'il n'existe pas de sens prédéfinis à un métier. Le sens est quelque chose de purement individuel qui appartient à la personne en propre, quelque chose d'intime. Ils s'inscrivent en faux par rapport à une approche militante critique du néolibéralisme et pensent qu'ils n'est pas éthique de porter une vision militante du sens, celle ci n'étant qu'une nouvelle norme qui s'imposerait aux individus. Tout cela me semble t'il pose débat : n'existe-t'il pas une dimension collective au sens, un sens qui peut être partagé au niveau d'une profession, d'un métier ou d'un groupe d'appartenance ? N'est ce pas une réponse collective qui doit être apportée afin de ne pas laisser l'individu seul face à l'ampleur de la question du sens ? N'est ce pas cette réponse collective qui manque face à l'individualisme contemporain qui conduit la civilisation dans une impasse ?

1Voir le paragraphe « à l'origine du questionnement »

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