Objet d'étude et question de recherche

11/11/2021

DE MON OBJET D'ETUDE A MA QUESTION DE RECHERCHE

Mon objet de recherche :

En un mot, mon objet de recherche est « la problématique du sens appliquée au travail social »

Quel sens je donne au Sens ?

- Traditionnellement, il y a 4 grandes définitions du mot sens : le sens comme jugement moral (le bon sens, le sens commun), le sens comme sensation (les 5 sens), le sens comme direction (où l'on va et où l'on veut aller), le sens comme signification (le sens que l'on donne aux choses).

- Pour moi, s'intéresser à la question du Sens c'est s'intéresser à la question du « pourquoi ? », des « finalités des actions », de la « Cause » qui est sous jacente aux actions qui sont entreprises par les êtres humains.

- C'est donc le moteur invisible de l'être humain : il rejoint et permet de contacter son élan vital, ses motivations profondes, ce qui nous mobilise positivement dans le monde et vers les autres.

- Pour moi, il y en a une 5ème définition idéalisée du Sens (avec un S majuscule) qui est celle que je retiens : « c'est une cognition particulière dans laquelle l'individu se sent en cohérence entre ses valeurs et ses actions dans le monde (sentiment d'unité intérieure accompagnée de registres de paix, de force et de joie), ce qui lui permet d'accéder à une dimension transcendantale de son existence (ouverture à plus grand que lui) ».

- C'est une cognition qui se réalise en toute liberté dans le secret de son paysage intérieur : il ne peut y avoir ni normes, ni obligations imposées de l'extérieure. Le Sens ne peut être imposé par la force ou la manipulation. Il est l'essence même de la liberté humaine et de sa diginité : pour émerger, il implique une éthique de respect des droits de l'homme et de bienveillance. Il ne peut naître que dans un contexte bienveillant, une approche non violente de l'éducation et de la société.

- Il peut permettre de résoudre la crise de notre civilisation en ceci qu'il résout la contradiction entre l'individualisme et l'égoïsme. Il permet l'émergence d'un égoïsme intelligent, centré sur l'autre ou sur une cause qui dépasse ses seuls intérêt égoïstes au profit de quelque chose de plus grand que soi.

Mon sujet de mémoire : l'objet d'étude

Il s'agit d'un discours récurent, aux allures de poncifs tellement il revient souvent et en boucle dans la bouche des travailleurs sociaux concernant l'évolution de leur métier et le rapport qu'ils entretiennent avec lui. Ce discours est en relation avec le sens de leur métier qui serait mis à mal par les réformes récentes qui imposeraient des normes administratives, budgétaires et bancaires incompatibles avec le coeur de leur métier à savoir la construction d'une relation éducative. Dès lors, on assisterait à une perte de sens en lien avec une marchandisation du travail social et un morcellement des réponses qui sont apportées au public en lien avec des restrictions budgétaires et des logiques de dispositifs qui fragilisent la cohérence des institutions au profit d'une logique centrée sur l'acte et le résultat et non la subjectivation des personnes vers leur autonomisation. Dans ce contexte, le travailleur social vivrait une très forte « dissonnance éthique », c'est à dire l'impossibilité de vivre une cohérence entre sa recherche éthique et déontologique de « bien faire son travail », son idéal professionnel & les conditions que lui impose sa structure pour le mettre en œuvre concrètement au quotidien. Ce discours se manifeste par un questionnement fort sur l'avenir et le sens de son métier et de sa pratique qui est au coeur inconscient ou conscient de toutes les problématiques de recherche que peut se poser le travailleur social qui engage une démarche réflexive sur la dimension professionnelle de son existence. Dans le pire des cas, ce discours revendique une forme de souffrance en lien avec ce « décalage vécu » qui est source d'une perte de sens, d'une perte de motivation, d'un épuisement professionnel sous forme de burn out ou de bore out et d'une routine qui empêche la réalisation de l'idéal professionnel auquel le travailleur aspire. Sous une autre forme, il se structure dans un discours vindicatif autour de la défense de sa « vraie et juste professionnalité » attaquée de toute part par une vision technocratique du travail social contre laquelle il s'agirait de rentrer en résistance active. Ce discours est le coeur des revendications portées par certains syndicats tels que Avenir Educ bien qu'il se retrouve en filigrane dans tous les mouvements de revendications syndicales portés par les professionnels. Il a été admirablement mis en mot dans un ouvrage co écrit avec Michel Chauvière auteur de « trop de gestion tue le social » autour d'un opuscule qui se veut une forme de manifeste et de second « appel des appels » dans la lignée des indignés de la crise de 2009 intitulé : « Débout pour nos métiers du travail social ».

Pourquoi ce sujet de mémoire et de thèse :

Cet objet d'étude est lié à un ensemble de réflexions et de conclusions liées à mon expérience et évolution professionnelle. Mon parcours est en effet relativement atypique et marqué par un soucis constant d'évoluer professionnellement. J'ai été ainsi travailleur social pendant près de 10 ans auprès de publics les plus exclus (sans domicile fixe et chômeurs de longue durée) puis j'ai souhaité évoluer vers des missions de coordinations en devenant ingénieur social. Ce diplôme m'a finalement permis de devenir formateur de travailleurs sociaux pendant 5 ans. Mon projet aujourd'hui est de créer mon propre organisme de formation spécialisé dans la question du sens au sein du secteur éducatif, social et médico-social. Alors pourquoi ce sujet et cette focalisation sur La question et la problématique du sens ? D'abord par ce que la quête de sens est certainement le fil conducteur de mon parcours professionnel : j'ai souhaité devenir travailleur social pour contribuer au plus près de la lutte contre la pauvreté des personnes les plus exclues (sdf, chômeurs de longue durée) puis voyant que ce travail était infini et ne satisfaisait pas mon intention de « changer le monde », j'ai souhaité m'orienter vers les métiers de chargé de mission sociale pour influencer les politiques publiques en participant à leur conception et à leur mise en oeuvre. Là j'ai souhaité m'orienter vers la formation des travailleurs sociaux pour transmettre ma conception du travail social axée sur une transformation du monde. C'est au contact de ce public en formation que j'ai été interpellé par leur questionnement sur le sens de leur travail et l'impossibilité dont ils se plaignent de vivre une pleine cohérence entre l'idéal de leur profession et la réalité imposée par la réalité quotidienne des transformations de leur structure face aux évolutions du monde contemporain et aux conditions imposées par les réformes récentes. Ce sujet m'interpelle au point que je compte en faire le coeur de mon Organisme de Formation de formation continue, le sujet central auquel il répond : j'espère pouvoir apporter des réponses en terme de formations à ce questionnement des travailleurs sociaux par rapport au sens de leur travail.

Ma question de départ est ainsi la suivante : face à ce questionnement des travailleurs sociaux qui semble prendre toute la place dans leurs préoccupations, quelles solutions apporter en terme pédagogiques pour leur permettre de dépasser ce discours dans une dynamique d'action constructive ?

Affirmation de ce discours comme objet de recherche : les problèmes posés

On voit donc que se construit actuellement dans le secteur du travail social un ensemble de représentations et de thématiques discursives qui se revendiquent comme une certaine forme de réflexivité légitime pour répondre aux évolutions de ce secteur d'activité. Cet ensemble de mots, langages, phrases, questions, revendications complexes et multiformes que l'on pourrait synthétiser sous la vocable de « questionnement sur le sens et la cohérence vécue au sein du travail social»nous semble aujourd'hui mériter de faire l'objet d'une étude approfondie afin d'être objectivée, discutée, scientificisée et reconnue comme un phénomène à part entière. Il nous semble en effet que ce questionnement pose problème et soulève un énorme « loup », une question importante pour le travail social, son avenir et ses perspectives y compris d'un point de vue épistémoloqique. Face à ce discours et cet ensemble complexe de pensée, il semble en effet que deux positions peuvent être adoptées :

1° Soit ce questionnement est légitime et s'appuie sur des données qui peuvent être objectivées & il pose alors une énorme question à propos des réponses qui doivent être apportées : comment rompre avec une vision technocratique du travail social pour imposer une vision juste et vraie de cette professionnalité qui est en train de manifester des revendications légitimes qui doivent être entendues et traitées avec toutes les conséquences que cela peut avoir par rapport aux normes administratives, budgétaires et bancaires qui sont dénoncées en filigrane de cette vision. On voit ici d'ailleurs que les enjeux en sont majeurs au niveau politique car ils posent la question de la légitimité des réformes entreprises depuis le début des années 2000 ou en tout cas de la direction prise par ces réformes dans le contexte idéologico politique d'un néo libéralisme triomphant qui impose une vision du sens du social (quand le social a encore un sens pour cette idéologie) qui lui est propre et qui se trouve peut être effectivement en contradiction avec les acteurs de terrain du social. Dès lors la question serait celle d'un conflit de représentations sur le sens du social lui même en lien avec des visions politiques incompatibles qui entrent en concurrence et qui font l'objet d'une forme de guerre de tranchées non dite qu'il s'agirait de mettre en évidence pour que le débat soit tranché de manière consciente et pensée et qu'un véritable choix soit fait au niveau collectif.

2° Soit ce questionnement est une construction extrêmement subjective qui cache en miroir et en réalité une contradiction dans laquelle est prise cette profession par rapport aux réalités face auxquelles elle est confrontée. Dès lors, ce discours cacherait autre chose, « comme l'arbre qui cache la fôret » et il s'agirait de révéler ce que cache ce discours en terme psychologique, d'identité professionnelle et de contradictions propre à une profession afin de le mettre en perspective. Il ne s'agit pas ici de psychologiser ce discours pour en attaquer la légitimité mais au contraire de le comprendre dans son ultime racine pour comprendre ce qui s'y joue afin de saisir les grandes lois qui sont en jeu dans son élaboration. Dans ce second cas, les conséquences sont là aussi extrêmement importantes par rapport à la réponse que doit être apportées : si ce questionnement porte en lui une contradiction majeure, comment dénouer ce nœud et permettre aux professionnels de sortir de ce discours sans fin porteur de souffrance et d'ambiguïtés ? Dénouer ce nœud peut dès lors se réaliser à travers un travail de remise en cause ciblé des conditions opérationnelles du travail social afin de permettre une mise en cohérence entre le sens du travail social et les conditions de son application pratique au quotidien. En partant d'une réflexion sur le sens du travail social, il sera dès lors possible de définir les moyens et méthodes nécessaires à l'atteinte de ces finalités. Ce travail de recentrage pourrait dès lors constituer un nouveau pas important pour la mise en œuvre d'un travail social adapté aux enjeux du XXIème siècle.

Dans les deux cas, il semble donc important comprendre le réel, de décortiquer ce qui se joue dans ce phénomène de « questionnement sur le sens et la cohérence du travail social ».

Les hypothèses à vérifier :

D'abord, il s'agirait de vérifier si l'hypothèse de l'importance de ce discours se confirme en terme quantitatif : s'agit il d'un véritable problème pour tous (pour qui et pour combien?) ou de ma projection en tant que professionnel chercheur en lien avec mon histoire professionnelle ? Pour dire les choses autrement, il s'agirait dans un premier temps d'objectiver la portée et l'importance de notre objet dans le discours des travailleurs sociaux afin de définir s'il est réellement une constante ou non des discours et problématiques portés par les travailleurs sociaux ? Il s'agirait donc d'objectiver notre objet comme sujet d'étude.

Dès lors, la question serait de définir quel est le coeur, la définition de la problématique soulevée dans cet objet ? De quoi s'agit il ? D'un discours à propos de quoi ? Qu'est ce qui est posé comme problème dans ce noyau complexe de questionnement ? Quelles en sont les formes ? Quelles en sont les mots clés ? Comment définir précisément le problème posé ? Quels sont les termes de la problématique et comment s'articule ces différents items pour poser problème ?

Ensuite, il s'agirait de décrire la clinique de ce questionnement dont nous posons l'hypothèse qu'il concerne le sens et la cohérence du métier ? Comment et pourquoi se génère t'il dans l'esprit des travailleurs sociaux ? Quels sont les facteurs externes, sociologiques et relationnels qui en explique l'émergence ? Comment ces facteurs sont ils objectivables et se traduisent ils dans la réalité subjective vécues par les professionnels ? Comment se tisse le nœud qui conduit à notre discours ? Dans quoi est pris (ou non et pourquoi) le professionnels ?

Enfin, dès lors, une fois que nous aurons saisi l'ultime racine de notre questionnement, il nous sera possible de lui apporter des réponses concrètes. Comment, quelle réponse apporter à la question du sens et de la cohérence dans les métiers du social ? Quelles réponses en terme pédagogiques, dans le cadre de la formation initiale des travailleurs sociaux et dans le cadre de leur formation continue tout au long de leur vie professionnelle ? Comment doit se structurer l'enseignement du sens du métier de travailleur social pour apporter des éléments de réponses à ce questionnement spécifique autour du sens ?

Notre approche théorique : socio-clinique du sens du métier de travailleur social

Afin de valider ou non nos hypothèses, il nous semble pertinent de formaliser notre recherche selon des méthodes scientifiques propres aux sciences de l'éducation. Une approche théorique nous semble particulièrement adaptée : il s'agit de l'approche socio-clinique. L'approche clinique nous amène en effet à nous concentrer sur les dimensions subjectives conscientes, vécues et inconscientes des processus qui sont observés. La question qui nous préoccupe étant l'émergence du sens, cette approche nous semble donc particulièrement pertinente. L'approche sociologique au sein de l'approche clinique nous semble aussi pouvoir apporter l'éclairage satisfaisant car notre objet porte sur des représentations liées à des conditions extérieures de travail. Il faudra donc tenter d'éclairer les évolutions socio cliniques du travail social, ce qui rejoint également les travaux et théorisation de la clinique du travail de Dejours et Clos.

Tentative de formulation de ma question de recherche :

Dès lors, compte tenu de notre objet de recherche, des hypothèses que nous souhaitons valider et de notre approche théorique et méthodologique spécifique, comme formaliser notre question de recherche ? Voici en synthèse, de manière la plus précise possible, quelle sera notre question de recherche spécifique :

En quoi l'objet d'étude « questionnement sur le sens et la cohérence vécue au sein du travail social» est il représentatif de la problématique traversée par le travail social dans le contexte actuel ? Quelle en est la socio-clinique, le coeur de la problématique soulevées et les mécanismes sociologiques et psychologiques qui en explique l'existence, l'émergence et le développement ? Quelles sont le réponses qui peuvent être apportées en terme pédagogiques à cette problématique ?

En un mot : quelle est la socio clinique du sens et de la cohérence vécue au sein du travail social ?  

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