Projet de thèse final
Projet de thèse
Lionel VUITTENEZ
Pourquoi ce projet ? Contexte et motivations :
Décider de se lancer dans l'aventure du doctorat est un choix de vie pour les quatre prochaines années (si on prend en compte le passage par le Master 2 recherche correspondant). Ce choix est celui de mon évolution intellectuelle vers une maîtrise des outils de la recherche en sciences humaines et sociales (SHS), par intérêt personnel (conviction et vocation) et dans le cadre d'un projet professionnel.
Ce projet est d'accompagner la création de ma propre activité de « formateur en action sociale » indépendant par une démarche de qualification et de formation dans le cadre d'un doctorat. Je réalise ainsi deux vieux rêves qui me poursuivent et s'entrecroisent sans cesse dans ma vie professionnelle : un besoin d'évoluer vers une plus grande méthodologie intellectuelle et un besoin de monter ma propre activité, de travailler autrement, de manière « autonormée » en devenant mon propre patron. Je souhaite nourrir cette démarche dans le cadre d'un doctorat en lien avec ce projet. Pour ce faire, je souhaite intégrer un Master 2 recherche en sciences de l'éducation qui propose un parcours autour des outils de la formation professionnelle en général et de la formation des intervenants sociaux et des professionnels du soin en particulier afin d'intégrer par la suite une école doctorale.
Ce double projet s'inscrit dans la suite logique de mon parcours professionnel et vise à terminer un cycle d'évolution que j'ai abandonné au milieu du gué. Ce cycle, commencé en 2009 après plus de 10 ans comme travailleur social auprès des publics les plus exclus (SDF, urgence, hébergement de réinsertion sociale, chômeurs de longue durée, insertion par l'économique), m'a amené à vouloir évoluer vers un poste d'ingénierie sociale en tant que « chargé de mission social ». Je n'ai en effet pas voulu suivre la voie toute tracée de l'évolution vers l'encadrement des travailleurs sociaux (CAFERUIS ou CAFDES) pour prendre celle moins structurée de la « fonction recherche et développement du travail social»i, en obtenant le tout nouveau diplôme d'Ingénierie sociale (DEIS). Ce que je n'avais pas prévu c'est que le marché de l'emploi de cette fonction n'existe pas en nombre concrètement dans les structures puisque celles-ci sont davantage confrontées à des enjeux de survie qu'à des opportunités de développement (du fait de l'absence de véritables politiques sociales ambitieuses dans un contexte européen d'austérité). Ce projet d'évolution professionnel ne s'est donc pas traduit par une évolution en terme de poste puisque j'ai dû revenir à mes anciennes fonctions d'animateur social.
Afin de terminer ce cycle de tentative d'évolution professionnelle, je dois donc aujourd'hui me repositionner et réorienter mon projet professionnel dans une autre direction. N'ayant pu évoluer vers la fonction de « chargé de mission sociale », je souhaite devenir « formateur de travailleurs sociaux » indépendant puisque ce métier semble s'inscrire dans un marché suffisamment important et qu'il correspond à mon cursus sur les bases de mes 10 années d'expériences de terrain et de mon savoir acquis en science de l'éducation et en ingénierie sociale.
Pour réaliser ce projet, j'ai besoin de consolider ces compétences générales dans le domaine des sciences de l'éducation en général, de la formation pour adultes en particulier tout en approfondissant mes compétences et en intégrant une posture de recherche dans le domaine spécifique de la formation à l'intervention sociale et au soin. Je souhaite passer par un Master 2 recherche car mon Master 2 pro ne m'a pas permis d'acquérir toutes les compétences utiles à une démarche structurée de recherche. Ces nouvelles expertises devraient me permettre de me spécialiser dans l'enseignement de l'accompagnement au sein des structures sociales et médico-sociales.
Mon sujet de recherche est en lien direct avec ce projet professionnel. Mon thème est ainsi en rapport avec cinq mots clés :
Le champ épistémologique général est celui des Sciences de l'Education
A l'intérieur de ce champ, mon intérêt se porte plus particulièrement sur les outils de la formation professionnelle pour adulte (formation initiale et tout au long de la vie)
Ma thématique particulière est celle de la formation des professionnels de l'intervention sociale pris dans son sens le plus général c'est à dire pouvant inclure les professionnels du soin (médical et paramédical), de la relation (coaching et développement personnel) et du sens (Economie Sociale et solidaire).
La question particulière de ce domaine est celle de la transmission des valeurs, de la déontologie et des qualités spécifiques à ces métiers : comment (définir et) transmettre les qualités particulières de ces métiers de l'accompagnement qui se réalisent à travers une relation inspiratrice à la fois de confiance et d'autonomisation et qui doivent rester centrés sur la (re)construction forcément complexe de la personne dans sa globalité ?
Cette transmission interroge à son tour la « méthodologie de la formation ». Par méthodologie, j'entends à la fois le contenu à enseigner dans le cadre d'un socle de compétences communes à toutes les formations et diplômes de ces métiers et la méthode pédagogique la plus adaptée pour que ce contenu soit approprié comme compétence objectivable par les professionnels.
Mon sujet de recherche peut ainsi être formulé par la question de départ suivante : comment construire une méthodologie de formation adaptée pour transmettre au futur professionnel de l'action sociale le sens et l'éthique spécifique de sa profession ?
Ecole doctorale et conditions de la soutenance :
D'un point de vue de l'encadrement de la soutenance, mon souhait serait que cette thèse soit l'opportunité d'un partenariat entre une Université, le CNAM et l'EHESS. Je cherche donc un directeur de thèse qui pourrait permettre la mise en œuvre de ce partenariat. L'angle d'approche de l'école doctorale doit être en lien avec la question de la cognition dans la formation professionnelle, la question de la transmission des valeurs professionnelles ou celles des spécificités de l'intervention sociales (autour de la question du lien social, du partage, du sens ou des approches « humanistes »).
Mon objet de recherche s'inscrit dans le contexte chronologique et géographique particulier des tentatives de réformes du travail social, de son référentiel et de ses formations enclenchées par le législateur étatique en France entre 2012 et 2018. L'objectif de ces réformes était à la fois de valoriser et d'adapter le travail social aux nouveaux enjeux auquel il est confronté en ce début de XXIème siècle tout en prévoyant un réingéniering des formations de ces professionnels autour de l'idée d'une simplification et de la création d'un socle commun entre les 14 diplômes que compte aujourd'hui l'ensemble des intervenants en matière sociale. Il s'agit donc de se pencher sur l'objet de recherche « socle commun de formation des travailleurs sociaux ».
Les enjeux et les questions posées par cet objet sont en effet très importants. La transformation de ces métiers et la formation concomitante sont un formidable outil de restructuration du secteur. Les métiers de la santé et du secteur éducatif et social ont subi de nombreuses mutations au nom de leur « reconnaissance » ou de leur « adaptation » . Révisés pour intégrer les normes européennesii, mais également au regard de l'évolution du marché du travail et des politiques publiques, ils sont découpés et mixés, passés à la moulinette de la « modernisation », « semestrialisés »iii dans un but de « performance » « d'efficience », « d'attractivité ». À l'heure où coopération rime avec mutualisation des moyens et où la modernisation sert à masquer la gestion de la pénurie, certains n'hésitent pas à parler d'une nécessaire « taylorisation » du travail social. Dérégulation, déréglementation, foire à la compétence, le métier n'est déjà plus la référence des employeurs et des gestionnaires alors qu'il représente un sésame concernant la mobilité et la promotion professionnelle, pour les personnelsiv.
Concrètement passant d'une logique de métier à celle d'emploi, l'objectif des réformes vise à la flexibilisation des salariés, à leur interchangeabilité. Dans ce sens, les réformes mettent en œuvre la simplification des diplômes, l'ouverture du champ à d'autres professionnels et la définition de nouvelles fonctions correspondant à des postes de travail : chargés de mission, chefs de projet, coordinateurs... Depuis l'automne 2016, la Commission Professionnelle Consultative du travail social et de l'intervention sociale (CPC) révise actuellement les métiers du social qui passent au grade de licence : assistant·e de service social, éducateur·trice spécialisé·e, éducateur·trice technique spécialisé·e, conseiller·ère en économie sociale et familiale, éducateur·trice de jeunes enfantsv.
Ce travail s'est mis en place dans un contexte de vifs débats où les premiers travaux de la CPC lancés en 2013 ont été dénoncés rapidement par des professionnels de terrain, des syndicats, des organisations professionnelles et des collectifs (tels Avenir Éducs et Aformeje). Après avoir revu les définitions métiers et les référentiels activités et compétences dans des groupes de travail par métier, la phase actuelle des travaux s'attaque à l'épineux sujet du socle commun de compétences et de connaissances des cinq métiers. Ce socle commun est censé créer une culture commune du travail social chez les futurs professionnels et favoriser les liens de coopération. Depuis le début du travail engagé, les représentants des professionnels ne cessent d'alerter sur le manque de vision d'ensemble de la méthodologie utilisée pour mettre en œuvre le processus de réforme. Dans ce processus, les représentants des salariés tentent de ramener à tâtons l'essentiel des métiers alors même qu'ils sont peu nombreux dans les groupes métier et encore moins représentés lors des comités de coordination. Les formateurs connaissant les métiers et la formation qui s'y réfère sont pratiquement absents de ce travail de réingénierie. Or construire un socle commun est un non-sens si l'identité professionnelle n'est pas clairement définie.
Les représentants des salariés, dans tous les groupes, se sont depuis le début opposés « à ce que ces métiers soient dévoyés de leur sens » au profit d'un « renforcement d'une technicisation centrée sur la gestion de l'organisation centrée sur la coordination d'équipe », ce qui a semblé être entendu par le ministère. Les professionnels ont tenté de ramener la clinique comme l'essence des métiers, mais ce terme n'a par contre jamais été retenu dans les documents produits, au motif de la « méconnaissance du grand public ».
Concernant la dernière phase de travail, la répartition des compétences dans un « socle commun aux cinq métiers » ou leur maintien en spécifique, propre au métier de référence, s'est effectuée dans le cadre de deux réunions au regard de la controverse suscitée. Mais un défaut de méthode est à souligner ainsi qu'une méconnaissance de que ce qu'est une compétence et de la façon de l'acquérir. C'est bien dans la confrontation au réel, dans l'exercice d'une pratique, en alternance que commence à se construire une professionnalité chez les étudiants. L'absence d'une méthodologie tenant compte de ces éléments vient remettre en question tout le travail effectué dans les groupes métiers. Les compétences sont une déclinaison des fonctions activités des différents référentiels et des définitions métiers et donc il faut les référer à ces dernières obligatoirement avant d'établir une quelconque comparaison.
Affirmer que les compétences et leurs indicateurs formulés de façon identique - ou relativement proches - ou que certains savoirs semblables, idoines et plutôt généralistes, fondent le « socle commun des compétences » sans tenir compte de la construction d'une professionnalité forcément articulée à un public et aux problématiques des personnes accompagnées, constitue un biais méthodologique. En effet, c'est prendre le plus petit dénominateur commun de bout de chaîne que représentent les indicateurs - par ailleurs non exhaustifs - ou une partie des connaissances en les extrayant d'une quelconque réalité.
La question des métiers du travail social qualifiés, au plus proche de l'autre, participant d'un projet de société qui repose sur des principes d'égalité et de solidarité, en se déployant dans un secteur à but non lucratif, semble être une vision périmée pour ceux qui emportent les décisions en CPC. La CGT a demandé un moratoire d'un an lors de la dernière CPC plénière pour réellement appréhender l'ouvrage sur le canevas, avec une mise en œuvre en septembre 2019, notamment au regard du report des revalorisations prévues dans le cadre du dispositif Parcours Professionnel Carrières et Rémunérations (PPCR) de la fonction publique et s'est vu opposer un refus sans motivation explicite. Si rien ne vient perturber le processus à l'œuvre, la CPC plénière devrait ainsi sceller les choses pour une mise en œuvre en septembre 2018 ...
Ma question de recherche peut être ainsi énoncée : comment dans un contexte de marchandisation (logique de guichet, mode de financements à l'acte et non sur une vision globale d'un processus social, transformations de l'usager en client, ...) ne pas réduire la fonction de travail social à des procédures standardisées (tâches à effectuer selon des critères purement chiffrés oubliant la dimension humaine de la relation qui se joue) ? Cet enjeu des valeurs du travail social et de sa préservation dans le cadre de réformes d'inspiration plus ou moins libérales (faire des économies, faire jouer les règles du marché et de la concurrence,...) s'inscrit dans le cadre des luttes pour tenir debout les métiers au-delà des normes gestionnaires et comptables qui s'imposent dans ce secteur (Chauvière). Cet enjeu se joue dans le cadre de la formation des professionnels, c'est-à-dire dès la formation initiale des travailleurs sociaux. L'enjeu est ainsi celui de la transmission des valeurs au-delà de la transmission des pratiques et comment faire en sortes de préserver ces valeurs dans un processus de formation cohérent.
Mon hypothèse : Ce contenu à objectiver et cette question de la méthodologie de la transmission amène à faire l'hypothèse que l'étudiant doit être l'acteur principal de sa propre rupture épistémologique professionnelle. Or ce processus est typiquement celui qui est en œuvre dans le processus d'une recherche. Puisqu'il s'agit d'un savoir qui vise une praxis, c'est-à-dire qui se développe dans l'action, on peut faire l'hypothèse que la méthodologie adéquate est celle de la recherche action. L'hypothèse de ma recherche serait donc qu'il s'agit de mettre en œuvre une Formation Recherche Action (FRA) comme outil méthodologique de transmission.
Les cadres théoriques :
Il s 'agit tout d'abord de tenter de théoriser la spécificité des métiers de l'intervention sociale afin de définir de manière scientifique et observable ce que l'on cherche à transmettre. Pour cela je m'appuierai sur l'ensemble de la littérature en lien avec les modalités du travail social autour du concept de l'accompagnement socio-éducatif. Notamment je retiendrai les analyses de Christina de Robertis qui a synthétisé dès les années 1980 la méthodologie de l'intervention en Travail Social. L'approche que je retiendrai sera en lien avec celle du partage puisque l'étymologie de l'accompagnement est « cum panis », littéralement « celui qui partage le pain ». Cette dimension du partage est une conséquence des analyses convivialistes issus des théorisations des liens sociaux en termes de don/contre don de Marcel MAUSS.
Il s'agira ensuite de tenter une théorisation de ce qu'est le travail social du XXIème siècle. Afin de qualifier le travail social du XXIème siècle, je m'appuierai sur les théories développées par le développement durable : ce concept fonde en effet l'élaboration d'une praxis qui comprend trois volets (l'économique, le social et l'écologique). Le travail social serait ainsi le volet deux du développement durable. Cette vision implique une dimension planétaire de la démarche du travail social. Cette dimension planétaire est issus du courant de pensée écologiste qui amène à une prise de conscience que notre époque est celle de l'anthropocène, c'est-à-dire un moment historique où l'humanité influence directement son environnement à travers le changement climatique. Cette démarche inspire la nécessité d'une prise de conscience de la dimension planétaire des enjeux sociaux en relation avec les effets de la mondialisation économique néo libérale dominante dans un contexte de capitalisme financiarisé. Dans un contexte de remise en cause des modèles sociaux nationaux issus des trentes glorieuses, il devient capital de refonder l'action sociale dans un contexte plus large que le simple cadre national qui se trouve dépassé. La vision politique qui en découle suggère que doit être mis en œuvre une praxis globale de la réponse sociale consistant en un « art du partage planétaire ». Il s'agit donc de construire ce savoir faire du grand partage planétaire à travers une recherche action pratique visant la création de liens sociaux où se pratiquent des petits partages planétaires. La recherche a donc une vocation de validation de cette théorisation en termes de partage planétaire en posant le cadre d'une praxis de cette direction (sens) pour l'humanité. Il s'agit de valider ce cadre théorique pour l'innovation de nouvelles réponses aux problématiques humaines et sociales rencontrées par l'humanité dans ce moment historique particulier. L'objectif est de créer une nouvelle épistémologie de ce qu'est une réponse sociale et de ce qu'elle n'est pas. Il s'agit par là même de dépasser le capitalismeet les critères de l'économie financiarisée pour le remplacer par une alternative crédible au niveau mondial (le partage planétaire). Ce nouveau paradigme doit être porteur d'innovations et d'un nouveau courant de pensée et d'actions capable d'apporter des réponses au contexte mondial.
Une fois définit le cadre théorique de l'objet à transmettre, je m'appuierai sur les théorisations de la transmission via les outils de la formation professionnelle. Les dispositifs de formation professionnelle - y compris pour les métiers de la relation humaine (travail social, professions de la santé, de la formation) - sont aujourd'hui le plus souvent conçus sur la base d'une ingénierie de formation se référant au « modèle de la compétence » (Zarifian, 2001) ou à « l'approche par les compétences » (Coudray & Gay, 2009). Or, celle-ci se traduit par des méthodes et des outils qui semblent devoir être interrogés d'un point de vue épistémologique et méthodologique. Notre recherche se réalisera donc à travers la question du contenu de la formation adaptée à mettre en œuvre. A travers la notion de contenu, il n'y a pas seulement le fond mais aussi la forme c'est-à-dire la méthodologie adéquate pour transmettre les postures, la déontologie et les valeurs de la profession. L'idée serait de partir de l'hypothèse de l'adéquation d'une formation sous la forme d'une recherche action comme processus innovant de transmission et donc d'appropriation par les étudiants. Il s'agira donc à travers la recherche et la thèse d'interroger la pertinence du concept de Formation Recherche Action (FRA) comme méthodologie adéquat de formation des intervenants sociaux du XXIème siècle.
Mon terrain de recherche :
Mon terrain de recherche sera donc celui de la création d'une activité. Mon objectif est de créer ma propre activité : un organisme de formation spécialisé dans la formation grâce à la méthodologie de la FRA des travailleurs sociaux, des métiers du soin et des métiers du sens en général (Economie Sociale et Solidaire, Solidarité Internationale, coaching et développement personnel). L'objectif est de créer ma propre activité de formation auprès des futurs professionnels de l'action sociale en préparant un contenu transversal aux 14 diplômes de ces métiers dans le cadre de la réforme des formations professionnelle enclenchée dans ce secteur au niveau de la branche depuis 2013.
Les conséquences de ce choix sont importantes quant à la nature de l'activité que je souhaite créer : la création d'activité doit être une forme de recherche action en tant que telle dont la thématique serait : quel contenu transversal pour les métiers du sens et de la relation humaine ? Pour répondre à cette question, je créerai mon activité autour de cet axe en rencontrant les divers acteurs concernés par ce sujet. La création de mon activité doit ainsi être une action de recherche en tant que telle : une véritable enquête de terrain s'appuyant sur les techniques éprouvées des SHS et qui s'appui sur une théorisation confrontée à la réalité pour recueillir des données scientifiquement exploitable (verbatim) dans le but d'avoir une vision exhaustive de mon objet de recherche.
Les conséquences de ce terrain d'étude :
Basée sur l'étude d'un cas de création d'entreprise, elle s'appuie sur une démarche qualitative qui confronte les données de terrain au cadre théorique esquissé en première partie. La recherche ayant comme pivot la notion de processus, nous verrons que l'utilisation d'une méthode qualitative longitudinale s'impose. Lorsqu'il souhaite créer une entreprise, l'entrepreneur en a d'abord une vision qui prend la forme d'un projet. Il projette ce que sera son entreprise lorsque son projet aura abouti (Gartner et al. 1992). Pourtant, l'idée initiale de l'entrepreneur subit au cours du temps des transformations substantielles, de sorte que quelques mois après, la forme définitive du projet effectivement lancé ne ressemble plus exactement à ce qu'il avait en tête au départ. L'analyse de ce processus particulier de création ex nihilo fera partie des contenus de la thèse. Les nouvelles cultures d'action économique et sociale tendent à valoriser le concept de création qui prend pour partie la place de celui d'innovation et se présente comme un nouvel impératif social. Cette évolution concerne tous les domaines : artistiques, sociaux, culturel, scientifique, industriel, professionnel. Pour échapper à un discours mythique et rendre compte de ce qui se passe tant au niveau des activités de création que des sujets créateurs, il est possible d'emprunter la voie d'une description et d'une analyse de création telles qu'elles sont vécues par les sujets créateurs eux même.
Le dispositif d'investigation de la recherche :
Il s'agira dans un premier temps d'analyser les contenus de l'ensemble des documents produits par le législateur dans le cadre de la réforme du travail social entre 2012 et 2018. Cette analyse visera à en faire l'historique exhaustif afin d'être au clair avec la commande institutionnelle du législateur en matière de réingéniering des formations du travail social.
Il s'agira ensuite de suivre l'actualité de la mise en œuvre réelle de ces réformes prévues pour la rentrée 2018 au sein des organismes de formation, ce qui se réalisera sous la forme d'une observation participante. Il sera alors important d'évaluer cette mise en œuvre en comparant ses aspects positifs et négatifs au regard des anciennes méthodologies de formation.
En parallèle, une étude exhaustive des réactions syndicales et des collectifs métiers devra être effectuée afin de mettre en évidence les points de conflictualité que les réformes proposées soulèvent. L'analyse du verbatim des syndicats et des professionnels eux même permettra de dégager la problématique posée par les réformes en terme d'identité professionnelle.
Il s'agira ensuite d'interviewer l'ensemble des acteurs concernés par la réforme : futurs étudiants, établissements de formation des travailleurs sociaux (EFTS), partenaires institutionnels et de tutelle des formations, travailleurs sociaux existants, syndicats et associations de travailleurs sociaux et de recherche concernés par la question de la formation des acteurs de l'intervention sociale. Compte tenu de l'importance en nombre du panel potentiel des acteurs, il ne saurait être question de réaliser une démarche visant exhaustivité. Une approche qualitative dans le cadre d'entretien semi directif semble plus appropriée
Enfin il s'agira de développer la recherche action proprement dite afin de valider notre hypothèse de la FRA comme méthode adaptée de formation pour transmettre l'éthique du travailleur social du XXIème siècle tel que nous l'avons théorisé (autour du concept de partage planétaire comme praxis du volet 2 du développement durable). Ce sera là l'objet d'une analyse exhaustive de la création de mon activité comme formateur indépendant créateur d'un organisme de formation spécialisé. Il s'agira d'analyser de manière exhaustive le lancement et le déroulement de la création d'activité en étant extrêmement sensible aux décalages entre l'intention et la réalité produite.
L'analyse portera notamment sur les évolutions des contenus des formations réalisées dans le cadre de l'activité de l'organisme de formation. Sera notamment analysé comment ces contenus ont été créé ainsi que les réactions des EFTS et des étudiants face à ces contenu. Il faudra dès lors évaluer comment les étudiants se sont approprié les contenus c'est-à-dire comment ils ont pu intégrer ou non les compétences nécessaires à leur professionnalité.
i Telle est la définition que je donne à l'ingénierie sociale.
ii Le processus de Bologne inscrit les diplômes post baccalauréat dans le système du LMD : Licence, Master, Doctorat ; le niveau Licence correspond à 180 ECTS
iii pour les diplômes supra baccalauréat
iv La compétence étant constituée de savoirs, savoir-être, savoir-faire ou « savoirs en action »
v cf. lettre de cadrage du 10 février 2016 de la secrétaire d'État à la CPC, à l'époque Mme Neuville